Société -
BACON OU CHEESE ?

Le Mac'Do a-t-il vraiment tué mon enfance ?

Quand j'étais gamin, j'adorais manger au Mac Donald's.
Attention, pas le Mac'Do, mais bien le Mac Donald's : cet endroit où il y a presque trente ans, on vous vendait du Rêve Américain à coups de hamburgers et de coca, et la promesse d'un dépaysement à travers un folklore US pas encore vraiment passé dans les mœurs.
La sortie au Mac Donald's, c'était encore un peu comme aller acheter son Strange tous les mois : recevoir sa dose d'exotisme de chez l'Oncle Sam et en redemander, parce que quand même, sans être bêtement dupe de la qualité des hamburgers, ça changeait malgré tout du Cochonou-cacahouètes de l'apéro dominicale chez la grand-mère !

Mais ça, le Mac Donald's, c'était il y a trente ans… aujourd'hui, c'est le Mac'Do !

Oublié le côté nouveau et exotique, oublié le côté fan-service et le folklore…
De nos jours, tout comme ma grand-mère Cochonou-cacahouètes connaît Star Wars, chaque ville, chaque trou perdu, de Paris à Trifouilly-sur-Yvette, a son Mac'Do et en est fier !
Bref, que reste-t-il au Mac'Do de nos bons vieux Mac Donald's qui faisaient rêver ?

Oui, comme moi, vous redoutez la réponse et pourtant elle est inéluctable : il reste les sandwiches !
Et c'est tout !

Me voici donc au Mac'Do où j'ai décidé d'aller m'installer pour écrire ma sympathique petite chronique, et voilà qu'au comptoir des commandes tombe la question fatidique :

"Bacon ou cheese ?"

Euuuhhh ??...

"Le Mac Bagel, bacon ou cheese ?"

N'écoutant que mon taux de cholestérol et ma propension cocasse à l'auto-destruction, je choisis la version bacon.
Quelques minutes après, je m'installe bien tranquillement au dernier étage, à une table avec banquette confortable et, comble du chic, une très chouette vue sur la grand'place de Lille (qui, sans ironie aucune, est vraiment magnifique).

Et là c'est le drame.

En effet, j'ai ouvert l'emballage de mon bagel-bacon, et des années de souvenirs d'enfance enchanteurs se sont envolées en une fraction de secondes.
Sur mon plateau, un misérable ersatz de steak haché, une tranche de fromage fondu insipide et une sauce dégoulinante, se battant pour tenir dans ce qui pourrait être assimilé, dans un monde de merde, à un bagel.
Où était passé ce gamin rayonnant à l'idée de s'empiffrer de hamburgers ?
Qu'étaient devenus ce bonheur des courses du mercredi avec ma mère et de la pause déjeuner Big Mac, cet éclat dans mes yeux lors d'une journée à Nausicaa avec mon oncle et ma tante qui avaient découvert -et adoré- les sundaes au caramel, cette joie indicible des premières sorties lilloises en solitaire et d'aller pour la première fois chercher seul mon menu "de grand garçon" ?
Partis à la poubelle, comme la moitié de mon bagel-bacon.

Ronald, si tu m'entends, rends-moi tous ces souvenirs et ces joies aussi simples qu'intenses de la découverte d'un nouveau burger à côté du caddie de courses avec le dernier Strange sur le coin de la table.

Je voudrais voir disparaître les Mac'Do et revenir les Mac Donald's.
Et redevenir cet enfant.

Parce qu'aujourd'hui, avec mes yeux de trente ans plus tard, le monde me semble parfois aussi déprimant et insipide que mon bagel-bacon…

 

08/2016 - A.G