"Southland Tales", second film de Richard Kelly, réalisateur et auteur du très remarqué "Donnie Darko", avait tout du film maudit : remontage, reports de sortie, et arrivée chez nous directement en dvd sans passer par la case ciné. Pourtant, il est très vite devenu un film culte que les années ne font que renforcer...

Que de mésaventures pour ce film, qui faillit bien ne jamais voir le jour sur les écrans, bien qu'il fut fini depuis des années et regroupe un casting de luxe.
Mais quelque part, cela ne parait-il pas logique pour une oeuvre aussi hors-norme, qui échappe à toute tentative de catégorisation ?

Dans un futur uchronique où une attaque nucléaire sur les USA a provoqué une nouvelle guerre mondiale, un petit groupe de personnes pro et anti-gouvernement voient leur destin se croiser sur fond de prophétie de fin du monde.
Mais sont-ils destinés à l'empêcher, ou à la provoquer ?

   


De ce postulat de départ, Kelly tire un film qui développe son univers au point de le rendre si touffu qu'une seule vision ne suffira pas, et le traitement qu'il choisit ne facilite pas les choses : ellipses (dûes au remontage tardif du film ?), narration éclatée, multiplication des points de vue... Inutile de dire que les spectateurs les moins attentifs seront vite largués, tout comme ceux qui cherchent à trop rationnaliser leur expérience.

Pourtant, "Southland Tales" se révèle aussi captivant que déroutant, sa complexité laissant place à une comédie dramatico-fantastique de SF, bref un brassage de genre et d'influences qui fait que le film ne ressemble alors à nul autre, et qu'on se laisse emporter par cet univers presque onirique où la fatalité est à la fois l'alpha et l'omega.

   


Kelly brasse donc à nouveau ses thèmes de prédilection abordés avec "Donnie Darko", à savoir la destinée, les distorsions de la réalité, et l'acceptation de soi.
Sauf qu'ici, il le fait sur grande échelle et à la puissance supérieure, au risque d'avoir des réactions encore plus tranchées que sur son précédent métrage : c'est d'ailleurs pour cette raison que le film, d'abord montré au Festival de Cannes, a été complètement remonté par son réalisateur pour le rendre plus "accessible".

Difficile, donc, de lancer un avis définitif.
Par son soin de mise en scène, sa qualité d'écriture, son casting et son envie de sortir des sentiers battus, "Southland Tales" est sans aucun doute un très bon film, et même un film-culte en ce qui me concerne (vous l'aurez compris, je fais partie des convaincus).
Mais aussi un film difficile d'accès, monstre qui se mord la queue et n'a pas peur de sa propre énormité, à la fois objet pop et suicide commercial, à la fois léger et grâve, à la fois anecdotique et profond.

   


En un sens, on trouve dans le cinéma de Richard Kelly des rémanences des comics de Grant Morrison : des oeuvres brillantes -et qui bien souvent ne manque pas d'un certain humour- mais dont l'hermétisme peut les couper d'une partie de leur public.

Ce qui n'empèche pas, dans tous les cas, Richard Kelly d'être devenu en l'espace de ses deux premiers films un réalisateur-auteur avec qui compter, et à suivre de très près.

Le monde étant encore là pour ses films suivants, tant mieux
!

   
   



SOUTHLAND TALES
un film de Richard Kelly
avec The Rock, Sarah Michelle Gellar, Sean William Scott, Justin Timberlake

Wild Side - Durée : 2h30

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