Soyons clairs : j'ai toujours contre vents et marées défendu la saga Transformers, en tout cas jusqu'au 5ème qui reste malgré tous mes efforts une bouse intersidérale. Et mon petit préféré, c'est donc ce "Transformers : Age of Extinction", qui est un peu comme un blind-date qui se conclurait par une nuit de sexe torride sans lendemain : on y va en trainant un peu les pieds, et on en revient heureux mais épuisé.

Car c'est bien là que se situe la seule vraie obsession de cinéaste de Michael Bay, qui -à sa façon- fait bel et bien du cinéma d'auteur : jusqu'où peut-on pousser le film d'action avant d'atteindre le point de rupture ?

Bay, c'est entendu, est un réalisateur des extrêmes : ses films ont toujours été un mélange de vulgarité (scénaristique et idéologique) assumée mais dont chaque plan, chaque scène, chaque cadre est visuellement travaillé avec un soin maniaque.
Jusqu'à présent, ses films les plus représentatifs de cet état de fait étaient "Bad Boys 2" et "Pain and Gain" ; mais avec ce "Transformers 4", les choses ont changé.
   


On pensait avoir tout vu avec ses précédents films, avoir atteint la limite avec la première trilogie "Transformers".
Pourtant, cet "Age of Extinction" réussit à aller encore plus loin, au point d'annoncer par son titre prophétique la fin d'une ère d'une certaine idée du film d'action hollywoodien (à la "Expendables") et l'arrivée d'un cinéma "autre", qui tiendrait plus de l'expérience physique et viscérale.

Ainsi Bay, fort du succès de sa série fétiche, se voit débarrassé de toute forme de contrainte technique ou de budget, et livre donc un film malade, mégalo et jusqu'au-boutiste, comme une sorte d' "Apocalypse Now" du blockbuster bourrin.

D'une durée aberrante (2h45 !), "Transformers 4" s'affranchit de tout ce qui peut entraver sa démesure et sa surenchère permanente, y compris d'une quelconque cohérence ou de personnages incarnés et humains, pour proposer une sorte d'abstraction du film d'action, un rollercoaster d'effets pyrotechniques et de morceaux de bravoure qui n'a d'autre but que de secouer le spectateur, et de le laisser sur les rotules arrivé au générique de fin.
Plus que d'un film, on parlera bel et bien ici d'une attraction foraine, si ce n'est qu'elle est destinée aux salles obscures.

"Transformers 4" est également un film prototype, et même un film-machine.
Un film où même les vrais acteurs deviennent des automates, dont la présence est uniquement au service de l'action et de la fluidité de la mise en scène.
Quand Michel Bay filme une belle jeune femme, il le fait comme s'il réalisait une pub pour une voiture de sport, comme une simple enveloppe, une pure idée cosmétique. Et quand il filme des voitures, c'est dans une fascination quasi-érotique, voire fétichiste.
Et encore une fois, dans une démarche si extrême qu'on en atteint un niveau inédit.
  


Bay est aussi, et avant tout, encore plus qu'un cinéaste régressif, le cinéaste du chaos : "Pourquoi laisser intact ce qu'on peut faire exploser ?".
Ses films "Transformers" (mais pas que) sont d'ailleurs représentatifs du système Bay : une répétition obsessionnelle des mêmes motifs et des mêmes scènes (poursuite sur autoroute, caméra rotative traversant les murs, combat urbain final...) mais à chaque fois en "plus gros, plus grand, plus fort", avec ce désir d'atteindre le point ultime de rupture, où seul importe en fait la puissance kinésique et l'impact de la mise en scène.
D'ailleurs, ce n'est pas pour rien que "Transformers 4" propose aussi une utilisation de la 3D "top-démo", Bay ayant compris l'apport d'un tel outil en terme d'immersion et de spectaculaire (s'il est bien maitrisé).

Evidemment, les réfractaires à ce genre de cinéma-attraction auront du grain à moudre, tant "Transformers 4" ressemble à un film-somme de tous les ingrédients du blockbuster décomplexé, à la puissance 1000 !
Alors si vous êtes du genre à monter dans des montagnes russes en espérant qu'on va vous y lire du Tolstoï, passez votre chemin.
Après tout, si vous n'aimez pas les crêpes, n'allez pas manger dans une crêperie !

Mais à l'inverse, on recommandera aux fans de la première trilogie de bien s'accrocher aux sièges, de se vider l'esprit, et de profiter un maximum de cette dose d'adrénaline concentrée.
Parce que s'ils sont bien sages, ils auront même droit à des Dinobots.

Oui, des Dinobots !!!




TRANSFORMERS : L'AGE DE L'EXTINCTION
un film de Michael Bay et le chaos
avec des Dinobots

Paramount - Durée : 2h45 pour ceux qui y survivent

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