Livres & BD -
FIGHT CLUB 2
Par Chuck Palahniuk & Cameron Stewart
Editions Dark Horse / Super 8

"Fight Club" est et restera une œuvre marquante des années 90, qui aura su s'imposer tant en roman qu'au cinéma comme un véritable manifeste de la génération X.
Aussi quand une suite en BD scénarisée par Chuck Palahniuk en personne est annoncée, on s'en lèche les babines d'avance…

Car oui, l'attente générée par un tel projet était pour une fois justifiable : l'auteur du roman original associé à l'un des meilleurs dessinateurs de comics actuels (Cameron Stewart), chez un éditeur qui n'a pas froid aux yeux, ça fait envie.
Et le résultat se montre à la hauteur, en tout cas narrativement et visuellement : Stewart prouve une fois de plus qu'il est un bédéaste de premier rang, et ses qualités éclatent ici comme jamais auparavant, au point de faire oublier dès les premières pages son style un peu "cartoony" dont on doutait au départ, avouons-le, de la pertinence sur un tel projet.
Inventivité des mises en page, dynamisme de la mise en scène, détournement des codes de la BD et explosion du 4ème mur, tout est bien là pour faire de la lecture de cette suite un pur plaisir subversif de geek.

Oui mais voilà, il y aussi Chuck Palahniuk.
En même temps, vous me direz : "qui mieux que l'auteur du roman original pour donner suite à son histoire ?", et c'est vrai.
On ne peut d'ailleurs pas reprocher à Palahniuk de s'être calmé dans ses délires anarchistes et la folie furieuse qui ressort de ses travaux, il profite même des avantages du support (pas de problème de budget, donc on voit grand et fort) pour pousser encore plus loin son intrigue et ses anti-héros et embarquer le lecteur dans un tour de grand huit abracadabrantesque, gigantesque bordel qui tape sur tout et surtout très fort.

Sauf qu'à la fin, on n'y comprend rien.

Entendez par là que pris au piège de son propre trip, Palahniuk part tellement dans tous les sens qu'on en vient sérieusement à se demander où il veut en venir.
Mise en abyme méta-textuelle ? Pur délire de sale gosse ? Coup marketing ? Foutage de gueule ? Chef-d'oeuvre incompris ?
"Fight Club 2", c'est un peu tout ça.

Enfin, je présume.
Sans doute.
Si ça se trouve…

Si l'objectif était de laisser le lecteur perplexe, c'est donc réussi : perplexe il finit, mais pas sûr de vouloir en reprendre une dose pour "Fight Club 3".

Tyler Durden aurait peut-être mieux fait de rester dans les limbes du cerveau de son créateur...


08/2016 - A.G