Blu-ray & DVD -
SKY CRAWLERS
Un film de Mamoru Oshii
Wild Side - 2h

Dans un monde où les gouvernements ont laissé le pouvoir aux corporations, la guerre n'existe plus.
Celle-ci a été remplacée par une compétition de combats aériens à mort, où les groupes commerciaux règlent leurs comptes et où le public trouve divertissement et oubli.
Malaise : les pilotes de ces joutes mortelles sont... des enfants !


Qui sont donc ces Kildren, pilotes pré-adolescents qui ne semblent vivre que pour mourir dans les airs ?
Une métaphore de la figure de l'Ange déchu, coincé entre Enfer (la terre) et Paradis (le ciel) ?
Une nouvelle variation sur le clonage qui engendrerait des moutons sacrificiels génétiquement créés dans cet unique but ?
Un peu des deux ?

Toujours est-il que l'arrivée d'un nouveau pilote dans une des bases aériennes principales de la compétition va remettre les choses en question.
Au delà de cette inhumanité et de cette apathie qui caractérise les Kildren, ceux-ci peuvent-ils se découvrir une âme et laisser leurs émotions refaire surface ?
Peuvent-ils aller contre leur nature et leur inéluctable destin ?

La réponse, tout comme le film dans son ensemble, risque d'en laisser plus d'un perplexe.
Une fois de plus, Mamoru Oshii déconcerte et prend des chemins de traverse pour conter son histoire, utilisant comme jamais l'art de l'ellipse et de la contemplation pour exprimer le spleen de ses personnages, plus que la simple résolution d'une intrigue.

Inutile, donc, d'espèrer découvrir un film d'action avec "Sky Crawlers" : les combats aériens, s'ils demeurent très impressionnants, sont en fait peu nombreux et là n'est pas le coeur de l'histoire pour Oshii.
Comme à l'accoutumée, ce dernier livre une exploration de la psyché humaine et de sa place dans une notion de réalité de plus en plus mouvante, tout comme il le faisait déjà dans "Ghost in the Shell" ou "Avalon".

Avec le recul de quelques années après sa sortie, que penser, donc, de cette production maitrisée de bout en bout mais traitée avec une telle froideur et une telle distance que la démonstration devient purement théorique, empêchant toute forme de sympathie avec les personnages ?

Evidemment, comme avec l'ensemble de l'oeuvre du cinéaste, le tri sera vite fait entre ceux qui crient au génie, et ceux qui béniront l'inventeur de l'aspirine.
On n'en voudra d'ailleurs pas à ceux qui préféreront passer leur chemin, tant l'univers d'Oshii, ici amené à un point de non-retour, peut paraitre abscons, ésotérique et même dépressif. D'autant, il faut bien le reconnaitre, que malgré sa beauté formelle indéniable, le film est d'un rythme très lent.

D'un autre côté, on ne peut qu'applaudir la démarche d'un artiste qui construit une telle oeuvre et fait preuve d'une telle intégrité, faisant fi de tout compromis dans l'illustration de ses idées, aussi complexes et destabilisantes puissent-elles être.

Après tout, ne dit-on pas que les plus grands auteurs ne font que raconter la même histoire obsessionnelle de façons différentes ?

   

04/2016 - A.G