Exercice de style particulièrement casse-gueule, "All the boys love Mandy Lane" prétend ni plus ni moins déconstruire les codes du slasher-movie pour mieux explorer le spleen adolescent.
Vaste programme et retour sur un film devenu culte...



L'histoire est pourtant simple et mille fois revue : un groupe d'ados un peu cons et tous obsédés par la plus belle fille du lycée (Mandy Lane, donc) se réunit dans une maison à la campagne pour un week-end de fiesta. Mais bientôt, ils comprendront que Mandy Lane attire d'autres convoitises, quand un tueur mystérieux se met à les décimer pour atteindre cette dernière.

Evidemment, limité par son budget et ses travers de "premier film", le résultat ne peut être complètement à la hauteur de ses ambitions. Pourtant, en l'état, "ATBLML" exerce un pouvoir de fascination unique en son genre, qui porte l'ensemble du métrage bien au delà des habituels teen-slashers estivaux, pour l'ensemble visant une efficacité immédiate souvent décérébrée.


   



Difficile, il est vrai, d'émettre un jugement catégorique sur le film : là où certains crieront au génie, d'autres dormiront au bout de dix minutes.
En effet, il faut bien admettre que partant sur des chemins de traverse et loin, très loin des sentiers balisés habituels, "ATBLML" en devient un objet dont le potentiel de séduction / répulsion est développé à parts égales.
Comme le tueur du film, il faut donc trancher.

Alors oui, à mon sens, "ATBLML" est une révélation, une petite perle de cinéphile qui fait plaisir et qui malmène le spectateur trop sûr de ses acquis, jusqu'à le transporter vers des endroits qu'il n'a pas l'habitude d'explorer dans un film de genre.

Qu'importe à vrai dire l'identité de l'assassin, qui survit ou non, ou encore la mécanique des scènes de meurtres.
Tous ses éléments ne sont utilisés ici qu'à une seule fin : illustrer la vacuité totale d'une génération gangrénée par le paraître, et dont même l'obsession sexuelle est désormais plus une question d'image que de besoin animal et hormonal.
Car si tous les garçons aiment Mandy Lane, c'est moins pour assouvir un instinct primaire d'accouplement que pour l'afficher comme un trophée.

   



Or, c'est là toute la force du film : son côté le plus dérangeant n'est ni dans la cruauté des scènes de tueries (d'ailleurs tardives et somme-toute peu nombreuses), ni dans son point de départ (d'un classicisme éprouvé), mais bel et bien dans le trouble diffusé par son personnage principal, objet de toutes les envies et incarnation éthérée de tous les fantasmes mais aussi de tous les troubles adolescents : une beauté parfaite mais presque inhumaine, une flamme sur laquelle tous les moustiques iraient se brûler.
Y compris un tueur psychopathe dont Mandy Lane serait la victime ultime, en même temps que la déesse immaculée.

Si l'intrigue est relativement linéaire, toutes les clés ne sont pas données, et le symbolisme du film laisse la porte ouverte à de nombreuses interprétations : Mandy Lane étant à la fois montrée comme asexuée, hypersexuée et bisexuée, tout le film n'est peut-être qu'un immense puzzle mental, portrait d'une ado indécise sur sa sexualité, ou encore petite fille effrayée dans un corps de femme fatale, et dont le tueur synthétiserait toutes les agressions du monde extérieur qui ne la perçoit que comme elle parait, et non comme elle est.

C'est en ce sens que les mécanismes du slasher-movie deviennent ici utilisés non plus pour le frisson immédiat qu'ils peuvent procurer, mais comme une métaphore d'un trouble existentiel du passage à l'âge adulte (ce n'est pas pour rien que le film a souvent -et parfois de façon galvaudée- été comparé à "The Virgin Suicides").
Ce procédé n'a rien de nouveau en soi, mais il est ici exploité avec un sens de l'à-propos et une justesse qui vise plus juste qu'à l'accoutumée. Le rapprochement deviendrait alors plus judicieux avec les "Buffy" de Whedon, qu'avec le film de Sophia Coppola.

Quoiqu'il en soit, fort d'une ambiance extraordinaire, d'un parti-pris de narration inédit et d'une mise en scène naturaliste à la beauté moite, "ATBLML" s'impose d'emblée comme une des meilleures surprises du genre à redécouvrir séance tenante.

Une aberration, certe, mais de très haute volée!




ALL THE BOYS LOVE MANDY LANE
un film de Jonathan Levine
avec Amber Heard

Wild Side
- Durée : 1h30

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